Entretien avec Sonia Gourmaud (DDTM 44)

ENTRETIEN — Anouk Jeanneau (experte friches, UrbanVitaliz) interroge Sonia Gourmaud (coordonnatrice territoriale adjointe, DDTM 44)

Quel accompagnement est proposé aux collectivités par la DDTM sur le sujet friche ?

Nous sommes répartis géographiquement en réseau territorial et au siège. Nous sommes une douzaine d’agents à être en appui des collectivités sur le territoire : nous leur proposons des aides, des outils, de l'ingénierie, tout type d'accompagnement en fonction des besoins, en complémentarité avec UrbanVitaliz. Par exemple, sur l’îlot Rivabel à Vieillevigne, j'ai sollicité la DGALN pour un Atelier des territoires flash, accompagnement que j’avais préconisé dans les recommandations sur UrbanVitaliz. Concrètement, un bureau d'études est venu animer un atelier qui a duré deux jours et a permis d'obtenir une feuille de route pour débloquer la collectivité et l’aider à avancer sur son projet de friche.

Sur ce projet, quels étaient les blocages de la commune ?

Au démarrage de la prise de contact sur UrbanVitaliz, il y a 3 ans, il y avait une problématique avec le propriétaire, qui demandait un million d’euros pour un terrain qui en vaut plus proche de zéro, au vu de la pollution et des contraintes. Tout de suite, nous les avons orientés vers une Déclaration d’utilité publique (DUP), pour potentiellement préempter les terrains et faire baisser le coût. Cependant, la commune manquait d’ingénierie et était en difficulté pour constituer les dossiers. Heureusement, l'Établissement public foncier de Loire-Atlantique (EPFL) peut aider dans cette démarche. Ils ont donc participé à l’Atelier flash, porté la négociation avec le propriétaire et géré le dossier de DUP.

Atelier flash

Quelle est la temporalité de ces projets de reconversion de friches ?


Typiquement, ce projet dure depuis 2021 ou 2022. En 3 ans, cela n’avait pas tant avancé avant l’Atelier flash, c’est vraiment du temps long. En l’occurrence, il y aura certainement de nouveaux changements après les élections, mais nous pourrons nous appuyer sur ce qui a déjà été réalisé. C’est le premier projet déposé sur UrbanVitaliz en Loire-Atlantique que nous aidons vraiment de bout en bout, l’idée est de proposer à chaque étape les nouveaux outils adaptés (Envergo, Bénéfriches...).

Comment UrbanVitaliz peut être un appui ?

Ce qui est intéressant, c’est que les urbanistes de l’équipe sont présentes dans les dossiers et maintiennent à jour la dynamique. Elles vont échanger avec la collectivité et partager un compte-rendu dans un espace dédié aux conseillers, qui nous permet de savoir ce qui a été dit à cette occasion. De mon côté, j’ai pu charger sur la plateforme les fichiers de l’atelier, qui a été mené, pour se tenir mutuellement au courant. La collectivité dépose aussi des documents, c’est un espace de partage précieux. Par ailleurs, il y a eu un changement de poste côté commune, et la nouvelle DGS a pu reprendre le dossier en retrouvant ce qui avait déjà été fait et échangé. Nous ne perdons pas l’historique, même sur des projets très longs.

Avez-vous le sentiment que les collectivités comprennent de mieux en mieux les enjeux de la reconversion des friches ?


C’est un sujet d’avenir, car dans le cadre de l’objectif Zéro artificialisation nette, les collectivités vont être obligées de travailler sur les friches industrielles aussi bien qu’urbaines, qui constituent un potentiel clef. Cependant, les collectivités ne savent pas toujours comment s’y prendre, pour les plus petites en tout cas, qui n’ont pas les moyens. Certaines se font accompagner par l’EPCI, mais la plupart sont démunies. Ce n’est pas évident pour elles de maîtriser des outils tels que les bilans d’aménagement. Par ailleurs, le fonds friches a ouvert des opportunités, mais le financement reste malgré tout un blocage pour beaucoup. C’est pourquoi un service comme UrbanVitaliz a un rôle très fort à jouer.

Comment la DDTM s’est-elle structurée sur les enjeux de reconversion des friches ?


Maintenant, j’ai en tête toutes les problématiques qui peuvent être rencontrées : sur l’acquisition, la pollution, le bilan financier, etc. Avec l’expérience, nous avons plus de réflexes, notamment sur les partenaires à solliciter ou interroger, comme la DREAL, l’EPF, le Cerema. Nous nous formons pour pouvoir mener des ateliers, par exemple le jeu Écoquartiers [qui permet d'aborder les enjeux de résilience et d'aménagement durable en simulant l’aménagement d’un écoquartier]. En parallèle, le fait d’avoir la plateforme UrbanVitaliz nous permet d’être plusieurs à aider et suivre dans le temps pour que chacun puisse apporter son expertise.

Club ecoquartier

Ecoquartiers, jeu sérieux pour découvrir les enjeux d’aménagement
des écoquartiers (Ministère de la transition écologique et de la
cohésion des territoires)

Qu’est-ce qui, selon vous, reste encore à améliorer dans l’accompagnement des projets de friches ?


Le problème aujourd'hui c'est la multiplicité d’outils : notre rôle est justement de centraliser, connaître les différents dispositifs pour savoir lequel est le plus adapté et pouvoir le recommander à la collectivité. Ensuite, l’idéal serait d'avoir une meilleure connexion entre les différents services pour que le parcours soit plus fluide pour les collectivités.

> Retrouvez les différents outils d'accompagnement vers la sobriété foncière sur le portail de l’artificialisation des sols.